L’Afrique en Chine : un nouveau programme inaugure une collaboration autour de la productivité agricole

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LES POINTS MARQUANTS

  • Les rendements agricoles en Afrique représentent un tiers des niveaux obtenus par les agriculteurs d’Asie et d’Amérique latine
  • Lors d’un récent voyage d’étude sur place, agriculteurs, décideurs et scientifiques africains ont pu découvrir les performances du secteur agricole chinois
  • Plusieurs facteurs expliquent la transformation de la Chine : la détermination des dirigeants, les investissements dans le renforcement des capacités et la production technologique, et la réforme foncière

WASHINGTON, 28 juillet 2014 –

La presse se fait souvent l’écho de la présence de « la Chine en Afrique ». Grâce à  une nouvelle initiative, c’est au tour de « l’Afrique en Chine » de faire la une,  notamment dans le cadre d’un voyage d’étude réunissant une quarantaine d’agriculteurs, équipementiers, décideurs, scientifiques et chercheurs africains. L’objectif ? Constater de visu l’impact du succès légendaire de la Chine sur son secteur agricole, en particulier sur le plan de l’autosuffisance alimentaire, et adapter ces recettes à  la situation africaine.

Témoignant à  la fois de la gravité des défis auxquels est confronté l’agriculture en Afrique subsaharienne et des perspectives inédites de changement structurel, les statistiques parlent d’elles-mêmes. A l’heure actuelle, les agriculteurs africains ne produisent que 5 % de toutes les céréales consommées sur le continent. En cause, leur faible niveau de développement technologique, l’absence de systèmes d’irrigation et le problème de l’approvisionnement énergétique. Les rendements de ces exploitations représentent un tiers des niveaux obtenus par les agriculteurs d’Asie et d’Amérique latine. La Thaïlande exporte à  elle seule plus de denrées vivrières que l’ensemble des pays d’Afrique subsaharienne.

A cet égard, l’expérience de la Chine semble tout à  fait extraordinaire : avec seulement 7 % des terres arables dans le monde, le pays parvient à  nourrir plus de 20 % de la population mondiale. Une coopération renforcée entre l’Afrique et la Chine pourrait permettre de mobiliser le potentiel encore inexploité de l’agriculture africaine. C’est tout l’enjeu de ce partage d’expériences « Sud-Sud » qui a vu l’Académie des sciences agricoles de Chine (CAAS), premier organisme de recherche et de développement en agronomie du pays, accueillir une délégation africaine.

 

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Nous avons opté pour une approche continentale afin d’enclencher une évolution en profondeur de l’agriculture en Afrique Close Quotes

Severin L. Kodderitzsch

« Puisque la Chine parvient à nourrir sa population, nous sommes venus ici constater de près cette réussite impressionnante et en tirer des leçons », explique Francis Wachira, directeur exécutif adjoint de l’Association pour le renforcement de la recherche agricole en Afrique orientale et centrale (ASARECA). « Il est clair que le succès de la Chine ne s’est pas manifesté du jour au lendemain et qu’il n’est pas dû à  une seule intervention. Bien au contraire. C’est le fruit d’un engagement de plusieurs décennies pour apporter les bienfaits de la science moderne à  l’économie rurale et de la reconnaissance, aux plus hauts niveaux de l’Etat, du rôle de l’agriculture dans la lutte contre la pauvreté et l’amélioration du quotidien des populations. »

Le parcours exemplaire de la Chine s’explique à  la fois par une montée en gamme technique tout au long de la chaîne de valeur, en privilégiant la production de riz, de blé, de maïs et de légumes ainsi que la pratique d’une agriculture de conservation des sols, et par le recours à  une mécanisation à  petite échelle. Les délégués africains ont été frappés par la rapidité de l’évolution du secteur agricole chinois qui, grâce à  la détermination des autorités, des investissements conséquents dans le renforcement des capacités et la production technologique ainsi qu’une réforme foncière, a connu une transformation radicale en moins de 30 ans.

Le voyage de 10 jours, qui s’est achevé le 13 juin dernier, prévoyait des visites sur le terrain et des discussions approfondies avec des scientifiques et des chercheurs de la CAAS, dont beaucoup sont confrontés aux mêmes enjeux que leurs invités africains. Tous les membres de la délégation participent au déploiement de trois programmes de renforcement de la productivité agricole financés par la Banque mondiale en Afrique, en Afrique de l’Ouest (PPAAO), en Afrique de l’Est (PPAAE) et en Afrique australe (PPAAA), et dont l’objectif est de soutenir la recherche agricole et la diffusion de technologies adaptées dans 19 pays africains.

Pour un changement radical

L’idée du voyage d’étude est née d’une série de discussions sur d’éventuels partenariats entre l’Afrique et la Chine. En 2013, le déplacement en Chine du vice-président de la Banque mondiale pour la Région Afrique, Makhtar Diop, a donné lieu à  des rencontres entre la Banque, des organismes africains sous régionaux de recherche et développement agricole et les représentants des projets, en vue d’envisager de possibles collaborations. Partenaires chinois et africains ont alors estimé que l’expérience de la Chine en matière de développement technologique et d’adaptation à  une agriculture de petits producteurs serait particulièrement utile pour un partage d’enseignements et d’expériences.

La signature d’accords entre, d’une part, la CAAS et, d’autre part, l’ASARECA, le Centre pour la coordination de la recherche et du développement agricoles en Afrique australe (CCARDESA) et le Conseil Ouest et Centre africain pour la recherche et le développement agricoles (CORAF), trois organismes infra-régionaux chargés de faciliter la mise en œuvre des projets régionaux de la Banque mondiale, a donné le coup d’envoi de ce partage d’expériences et d’apprentissage Sud-Sud.

« Nous avons opté pour une approche continentale afin d’enclencher une évolution en profondeur de l’agriculture en Afrique », explique Severin L. Kodderitzsch, responsable de l’Afrique australe au sein du nouveau pôle de Pratiques mondiales pour l’agriculture. « Nous nous réjouissons de voir que les représentants des trois organismes infra-régionaux moteurs des projets agricoles au service du développement de l’Afrique subsaharienne ont pris part à  ce voyage, qui sera d’une grande aide pour impulser la diffusion des connaissances et des idées glanées tout au long de ce séjour. »

Les participants ont recensé un large éventail de technologies susceptibles d’être adaptées et transférées en Afrique puis évoqué la poursuite de cette collaboration. Dans son discours de clôture, le professeur Zhang Lubiao, directeur du département en charge de la coopération internationale au sein de la CAAS, a souligné l’intérêt de son pays pour la poursuite de ces relations selon différentes modalités. Il a par exemple suggéré de monter un programme de renforcement des capacités de 3ecycle à  l’intention de jeunes agronomes africains au sein de l’Académie.

Pour Abdoulaye Toure, économiste agricole principal au sein des Pratiques mondiales pour l’agriculture et responsable de l’équipe du PPAAO, « ce voyage s’est révélé extraordinairement fécond, pour les deux parties. L’Afrique a pu tirer des enseignements de l’expérience chinoise et réciproquement. »

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