Agriculture contractuelle : Rabetsitonta Tovonanahary présente un modèle de réussite à Miandrivazo

Rabetsitonta Tovonanahary sort du monde politique. Mais en tant que PDG de la STOI (Société Trading de l’Océan Indien), il soutient encore son slogan « Tsy lahatra akory ny fahantrana » en pratiquant l’agriculture contractuelle à Miandrivazo. C’est un modèle de réussite qu’il entend dupliquer dans d’autres secteurs et dans d’autres régions. Il est même prêt à partager ses expériences aux autres opérateurs économiques afin de contribuer au développement socio-économique de Madagascar. Interview.

Midi Madagasikara : Selon vous, qu’est ce que l’agriculture contractuelle ?

Rabetsitonta Tovonanahary (R.T) : Cette approche inclusive et durable constitue un levier de développement agricole. La STOI pratique depuis cinq ans cette agriculture contractuelle avec des paysans producteurs de haricot qualifié de lingot blanc à Miandrivazo, dans la région du Menabe. Dans le cadre du projet MATOY, nous avons été retenus sur appel d’offre pour valoriser la chaîne de valeurs et la redynamisation de cette filière. L’agriculture contractuelle consiste ainsi à fournir aux paysans des intrants agricoles notamment des semences certifiées et des fertilisants bio que le « Taroka » que nous produisons nous-mêmes ainsi que des produits phytosanitaires. Et à la demande des paysans, nous finançons également une partie de la main d’œuvre étant donné que Miandrivazo est une zone rouge pour les « Dahalo ». Il reste très peu de zébus pour assurer la mécanisation agricole. Un package technique leur est également fourni afin de former les paysans en matière de semi, de maintenance, de récolte jusqu’au conditionnement du lingot blanc. Nous mobilisons des animateurs agricoles avec la participation des chefs fokontany sur tous les circuits de production. Ils deviennent ainsi nos partenaires directs. Ensuite, au moment de la récolte, ils nous vendent leur production au prix du marché tout en remboursant les semences. Et leur activité devient pérenne même après la fin du projet MATOY.

M.M : Pouvez-vous dresser un bilan de ce partenariat avec les paysans ?

R.T : Il compte actuellement 862 paysans partenaires membres de l’association PAPAY (Partenaires Paysans) contre 370 paysans auparavant. Ils exploitent une superficie totale de 650ha. Avant le projet, leur rendement était de 750kg/ha avec 100 à 120 kg de semences tout venant utilisées. Maintenant, le rendement moyen a atteint entre 1 tonne et 1,2 tonne/ha pour 70kg de semences améliorées. On travaille avec le FOFIFA qui fournit des semences de base. Et la STOI produit les semences de culture.

M.M : Comment pouvez-vous démontrer que ce modèle a été une réussite ?

R.T : A la première année, nous étions découragés car 50% des paysans seulement ont remboursé les semences. A la 2e année, ce taux de remboursement a augmenté à 75%. Nous avons dû recourir au tribunal de Miandrivazo car un contrat signé au niveau de la mairie doit être respecté. Maintenant, la confiance est établie entre la STOI et les paysans partenaires car ceux-ci sont finalement convaincus que cette agriculture contractuelle est pérenne. L’an dernier, il y a eu la sécheresse entraînant l’invasion des rats qui ont détruit les champs de plantation de haricot lingot blanc. Certains paysans partenaires ont négocié en effectuant des remboursements partiels tandis que d’autres ont demandé de reporter leur remboursement à la prochaine campagne. Et nous avons accepté. Cette année, la production est bonne avec une hausse de 15 à 20%. Le prix aux producteurs a également augmenté de 2.400 Ar/kg contre 1.400 Ar/kg en 2016. Les revenus des paysans ont également connu une hausse de 90%. Après ce succès à Miandrivazo, nous pratiquons l’agriculture contractuelle dans la filière riz en utilisant le riz hybride venant de la Chine. Une expérimentation a été faite pour cette campagne sur une superficie totale de 30ha dans les régions de Menabe, Bongolava, Itasy et Vakinankaratra. Les essais ont été concluants car on a obtenu un rendement moyen de 8 tonnes/ha contre 2,5 tonnes/ha pour la variété locale. Une extension est prévue pour la prochaine campagne rizicole.

M.M : Vous soutenez toujours votre slogan « Tsy lahatra akory ny fahantrana » ?

R.T : Bien évidemment ! Et l’on peut le prouver sur le terrain. En effet, grâce à cette agriculture contractuelle, nos paysans partenaires ont pu augmenter considérablement leurs revenus. Certains ont acquis des zébus tandis que d’autres ont fait une extension de leurs exploitations. Bon nombre d’entre eux ont rénové leurs maisons, voire même entrepris de nouvelles constructions, sans compter la scolarisation de leurs enfants et l’achat des terrains. Nous avons également vulgarisé le mobile banking afin de les inciter à constituer une épargne. Par contre, les animateurs agricoles se sont regroupés afin d’acquérir une décortiquerie. La production de haricot lingot blanc a également triplé. On l’écoule sur le marché local et on exporte même en France et en Asie. Et avec la riziculture contractuelle, on peut bien atteindre l’autosuffisance en riz.

Propos recueillis par Navalona R. Midi Madagasikara