Aux États-Unis, c’est une vague de procès sans précédent qui a démarré il y a un peu plus d’un an, contre certains magnats de l’agroalimentaire. Les associations de consommateurs attaquent les industriels pour publicité mensongère. Au cœur de la bataille, une épice aujourd’hui malmenée : la vanille. À Madagascar, ces procès sont vus d’un très bon œil, car ils pourraient pousser les industriels à corriger le tir et redonner toute sa valeur à la « vanille naturelle » de la Grande Île.De notre correspondante à Madagascar,

Aujourd’hui dans le monde, qu’il soit naturel ou non, l’arôme vanille est de loin l’arôme le plus utilisé, bien devant celui du chocolat. Et c’est cette demande planétaire sans cesse croissante, qui a poussé l’industrie agroalimentaire à rivaliser d’ingéniosité pour créer des molécules de substitution.

Non sans certaines conséquences, explique Georges Geeraerts, le président du Groupement des exportateurs de vanille à Madagascar. « Le préjudice, c’est pour le planteur de vanille qui ne peut pas vendre son produit, parce qu’il est remplacé par des produits de substitution. Et pour le consommateur final qui est trompé sur ce qu’il achète », dit-il.

Flou dans l’étiquetage

« Arôme de vanille », « arôme naturel de vanille », « sucre vanillé », « sucre vanilliné »… Sur les étiquetages de nos produits vanillés favoris, il est difficile, en effet, d’y voir clair entre l’original et l’artificiel. Normal, le flou est savamment cultivé par les industriels qui jouent sur des législations très différentes d’un pays à l’autre et donc difficilement applicables.

« Le consommateur pense acheter un produit vanille, parce qu’il y a des gousses qui sont illustrées dessus, etc, alors que quand il regarde bien dans la liste des ingrédients, il va voir que la seule trace de vanille naturelle, ce sont les petits points noirs. Ce sont les gousses de vanille épuisées et broyées. Et cet apport de gousses épuisées et broyées ne sert qu’à tromper le consommateur. Il n’apporte aucun goût, aucun arôme », note Georges Geeraerts.

Problème d’offre, de demande et de coût

S’il condamne lui aussi ces adultérations peu transparentes, Emmanuel Née, directeur du Département Ingrédients au sein du groupe français Touton, acteur majeur du négoce international de matières premières, justifie ce phénomène par un problème d’offre, de demande et de coût.

« La demande globale d’arôme vanille, elle est mille fois plus importante que la production potentielle de vanilline naturelle issue de vanille. Forcément il y a un décalage. Donc, comment on fait ? On est obligé de trouver des produits de substitution », soutient Emmanuel Née.

Grâce à une manipulation chimique relativement simple, il est possible d’obtenir de la vanilline dite naturelle à partir de l’huile essentielle de feuilles de girofle. « C’est un produit qui vaut entre 50 et 75 dollars le kilo. Alors que si vous faites de la vanilline avec de la vanille naturelle de Madagascar, vous avez un prix de revient matière – donc sans compter la partie industrielle, le travail – à 12 500 dollars », explique-t-il.

« Le consommateur saura ce qu’il mange vraiment »

Aussi, le calcul est vite fait. Toutefois, pour Georges Geeraerts, il n’en reste pas moins qu’il s’agit d’un problème éthique, auquel il est désormais important de s’attaquer.

« L’intérêt de ces procès, c’est de revenir à une certaine sincérité des industriels. On peut avoir toute une série de produits différents, mais il faut que ces différences soient bien marquées et soient totalement identifiables par le consommateur lambda »,  Ces procès pourront changer la donne dans le sens que quand le consommateur saura ce qu’il mange vraiment. C’est lui qui fera le choix d’acheter un produit peut-être plus cher, mais totalement naturel versus un produit artificiel et bon marché. Il faut sortir du flou. C’est important pour les planteurs à Madagascar et pour l’avenir de la vanille naturelle ».

En cas de victoire des associations de consommateurs aux procès, la Grande Île pourrait enfin reconquérir des parts de marché qu’elle n’a cessé de perdre ces dernières années.

Contactés, les groupes industriels cités dans les procès en cours n’ont pas donné suite aux demandes d’interview.

source : https://www.rfi.fr/fr/podcasts/reportage-afrique/20210417-proc%C3%A8s-vanille-aux-%C3%A9tats-unis-quel-impact-pour-la-vanille-malgache